Écologie – Quelles perspectives ?

Depuis deux mois, derrière un vague écologisme de façade et en dépit de l’accord passé avec Europe Écologie les Verts, les premières décisions du gouvernement révèlent son incapacité à faire face aux lobbies et à changer de boussole politique. François Hollande en appelle au fameux volet croissance qu’il aurait soi-disant arraché pour passer en force sur le traité de l’austérité, le TSCG. Arnaud Montebourg reprend la vieille scie productiviste de l’indépendance, de la compétitivité et du chantage à l’emploi pour justifier ses prises de position hasardeuses sur le nucléaire et les gaz de schiste. Quand les sociaux-démocrates comprendront-ils que la répartition des richesses ne peut attendre une improbable et destructrice croissance ? Que la relance de l’activité ne peut en aucun cas passer par l’austérité et la réduction des acquis sociaux ? Qu’ils regardent en Grèce, en Espagne ou au Portugal ! Quand assimileront-ils qu’une politique d’écologie sociale a besoin de pouvoirs publics et d’investissements forts, de services publics de l’eau, du rail et de l’énergie renforcés ? Quand ouvriront-ils enfin les yeux sur le fait que le démantèlement des centrales, lui, oui, est la seule « filière d’avenir » de cette industrie ; que les économies d’énergie sont les plus grandes réserves à exploiter et la meilleure garantie d’indépendance énergétique ; que nous ne pouvons, enfin, persévérer dans la voie suicidaire de la surexploitation de nos écosystèmes ?

Les semaines à venir vont être denses en matière d’initiatives gouvernementales sur l’écologie. Autant de raisons de rester vigilants et d’occasions de faire entendre les propositions alternatives du Parti de Gauche. En matière d’énergie, il est prévu un débat national décentralisé sur la transition énergétique. Il aura lieu après la conférence environnementale des 14-15 septembre prochain, et doit donner lieu à un projet de loi de programmation énergétique au premier semestre 2013. Un bon point apparaît dans un entretien assez complet donné par Delphine Batho au magazine Terra Eco : la priorité affichée par la Ministre sur la sobriété et l’efficacité énergétique. Sans doute plus facile à présenter auprès des lecteurs de Terra Eco qu’en Conseil des Ministres, néanmoins. Reste donc à voir si cela sera suivi d’effets. On peut en douter, son engagement ferme en faveur du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes relevant plus de la voracité que de la sobriété.

Concernant les gaz de schiste, las, comme nous y sommes désormais habitués, le refus de la Ministre ne porte que sur la technique de fracturation hydraulique, déjà interdite par la loi de juillet 2011, mais passe sous silence les émissions de gaz à effet de serre qui seraient dues à la combustion des hydrocarbures extraits, même avec une autre technique. Ce n’est donc pas gagné, et sur ce front aussi la vigilance et la résistance restent de mise. Pour le rappeler au gouvernement et aux pétroliers, une journée nationale d’action aura lieu le 22 septembre, nous y serons ! Sur la très attendue réforme du Code minier, un des enjeux principaux est d’y inclure l’information préalable du public inscrite dans la Charte de l’environnement. Un groupe de travail est piloté par Thierry Thuot – Conseiller d’État et ancien rapporteur général du Grenelle. Un projet de texte de loi devrait voir le jour avant fin 2012 qui devra donc inclure, entre autres, ce point non seulement démocratique évident, mais constitutionnel.

Sujet explosif… le nucléaire. Pas de surprise de ce côté-là, la Ministre confirme le maintien de l’objectif de passer sa part de 75% à 50% en 2025. Mais pour le quinquennat, ce sera en tout et pour tout la seule fermeture de Fessenheim, alors que 13 réacteurs ont déjà dépassé les 30 ans de durée de vie. Comment ces installations vieillissantes seront-elles sécurisées ? Et à quel prix ! Enfin, à consommation égale, il faudrait donc pour atteindre l’objectif des 50%, fermer 22 réacteurs supplémentaires entre 2017 et 2025 – soit dans les 8 années suivantes. Bon courage au prochain Président… Objectif annoncé également dans les 5 ans, l’achèvement de l’EPR de Flamanville, et ce alors que les États-Unis viennent de retoquer le projet d’EPR dans le Maryland et que le chantier de Flamanville cumule incidents, deux ans de retard supplémentaires et un coût doublé par rapport au budget initial (6 milliards d’euros contre 3,3 milliards à l’origine). La Ministre rappelle enfin la volonté du gouvernement, également un engagement du candidat Hollande, de ne pas lancer de projet de nouveau réacteur. Ah. Comprenons donc que le projet Astrid n’est pas un nouveau projet de réacteur mais un « simple » surgénérateur, sans doute. Pour le gouvernement Ayrault, la réduction de la part du nucléaire passe donc par la fermeture de 2 réacteurs sur 58, l’ouverture de l’EPR et un nouveau surgénérateur. Permettez-nous de juger ça peu crédible.

En matière de « gouvernance », Delphine Batho affiche sa volonté de placer le dialogue environnemental au même niveau que le dialogue social, qui est une des revendications portées pendant la campagne présidentielle par France Nature Environnement, fédération de 3000 associations environnementales. Mais déjà, certaines associations menacent de boycotter la conférence environnementale, mécontentes des annonces faites sur le nucléaire ou les gaz de schiste et dénonçant une méthode confuse.

On attend enfin une annonce à l’issue de la conférence environnementale sur l’isolation thermique des logements, négociée avec la Ministre du logement Cécile Duflot, ce qui devrait permettre d’afficher au moins un résultat un peu probant pour la Ministre d’Europe Écologie les Verts, qui en a cruellement besoin en ces temps de « couleuvres à neutrons », selon le bon mot d’Hervé Kempf. Le programme pourrait porter sur l’isolation d’un million de logements par an, moitié dans l’ancien, moitié dans le neuf. On ne sait en revanche pas encore comment sera financé ce programme, en pleine cure d’austérité annoncée par le gouvernement et aggravée si la ratification du TSCG a lieu, ni quels seront les critères de priorité de ces logements (sociaux ?). En revanche, et c’est dommage, la Ministre de l’Écologie ne voit pas la nécessité de créer une filière spécifique dans le bâtiment. C’était pourtant l’occasion de structurer une filière d’éco-construction, comme le propose le Front de Gauche. Mais la finalité de la production, la relocalisation de l’activité, la reconversion industrielle et la création de nouveaux emplois sont des questions singulièrement absentes du programme de la prochaine conférence environnementale. Il semblerait hélas que le gouvernement n’ait pas encore fait la jonction entre environnement et social. En pleine période de licenciements, c’est pour le moins regrettable. Le Ministre Arnaud Montebourg, au lieu de tonitruer sur le nucléaire « filière d’avenir » et l’opportunité des gaz de schiste, ferait bien de comprendre enfin que le plus grand gisement de « redressement productif » aujourd’hui dans notre pays passe par la transition énergétique et la révolution écologique de notre société. « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés » (Albert Einstein).

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